La femme est-elle l’avenir de l’entrepreneuriat ?

La femme est-elle l’avenir de l’entrepreneuriat ?

La Semaine de l’Entrepreneuriat féminin qui se tient en ce moment en Wallonie et à Bruxelles est particulièrement propice au questionnement sur la place qu’occupent les femmes dans le paysage entrepreneurial belge et wallon en particulier.

Pour remettre les choses dans leur contexte et objectiver au maximum la situation, commençons par nous pencher sur quelques chiffres-clés sur l’entrepreneuriat féminin: en 2017, la Wallonie comptait 66.294 indépendantes à titre principal et 33.955 indépendantes à titre complémentaire, soit un total de 100.249 femmes indépendantes (chiffres INASTI). En trois ans, le nombre de femmes entrepreneurs indépendantes a augmenté de 8,85%, amenant les indépendantes en Wallonie à représenter 37,37% de la population totale des indépendants de la région.

Le premier point positif est donc que les femmes sont de plus en plus nombreuses à lancer leur entreprise, que ce soit dans les services, la consultance, le commerce de détail, l’horeca ou encore l’industrie.

Mais il se peut que l’arbre cache la forêt : si on compte de plus en plus de starters parmi les femmes, cela ne signifie pas pour autant que toutes se lancent dans l’entrepreneuriat par envie. “Tout le monde peut être entrepreneur”… cette idée reçue se conjugue aussi au féminin ! Nombre de ces nouvelles entrepreneuses ont en effet dû créer leur propre emploi souvent par nécessité plus que par passion. Un rapport de l’OCDE a en effet démontré que les femmes entrepreneurs étaient beaucoup plus susceptibles que les autres groupes cibles sociaux d’avoir démarré leur entreprise en raison d’un manque de possibilités d’emploi au cours de la période 2013–2017 (33,8% contre 28,2% pour la moyenne belge et 20,3% pour la moyenne européenne). Il faut donc rester attentif à cette réalité qui peut donner une image déformée de l’esprit d’entreprise dans notre région.

Autre point d’attention : les revenus. Créer son entreprise, c’est bien. Pouvoir en vivre, c’est mieux. Or, sur cet angle-là également, la réalité est parfois éloignée des visions (et des discours) idylliques sur l’entrepreneuriat. Et les femmes sont particulièrement vulnérables sur les aspects financiers: une étude menée en France a ainsi montré que 2/3 des entrepreneuses gagnent moins de 1.500 euros par mois.

On sait également que la maternité impacte négativement les femmes entrepreneurs: globalement, on parle d’un écart de revenus de 31% pour les indépendantes à titre principal et de 11% pour les indépendantes complémentaires dès l’arrivée d’enfants dans leur vie.

Dernier point d’attention enfin: la “sectorialisation” de l’entrepreneuriat. Le milieu des startups de la tech et du numérique, par exemple, reste encore majoritairement masculin. En Wallonie, seule une startup tech sur cinq compte au moins une fondatrice…c’est peu !

Alors, que faut-il faire ?

La question est vaste et il serait bien sûr illusoire de vouloir donner des recettes miracles. Mais voici les 4 écueils à éviter sur lesquels il faudrait selon moi absolument sensibiliser les femmes si l’on veut promouvoir l’entrepreneuriat féminin :

Premièrement, le manque de préparation. 1/3 des femmes seulement ont réalisé un business plan avant de se lancer, et de nombreuses femmes se lancent encore sans avoir suivi de formation précise dans l’entrepreneuriat – et ce, malgré qu’en Wallonie, la formation à la création d’entreprise soit couverte à 80% par l’intervention publique.

Deuxièmement, le manque de financement. Sur les 116 levées de fonds menées cette année par des startups belges dans les secteurs de la technologie et la biotechnologie, 86% avaient un homme à leur tête. Une étude menée en France a montré que la levée de fonds moyenne pour une startup dirigée par une femme est de 1,8 million d’euros, contre le double (3,5 million d’euros) pour les startups créées par des hommes. 

Troisièmement, le manque de réseau. Les femmes réseautent moins, parfois par contrainte familiale… sans compter ce fameux “syndrôme de l’imposteur” auquel les femmes sont plus enclines et qui peut les empêcher de se valoriser à leur juste valeur ou de se mettre en évidence de façon efficace lors d’événements de networking. Ce ne sont pourtant pas les opportunités qui manquent, les cercles et réseaux spécifiquement féminins s’étant par ailleurs considérablement développés ces dernières années.

Quatrième écueil, mais non des moindres, le manque de role models. Nos “modèles entrepreneuriaux” sont essentiellement masculins…il n’y a qu’à regarder le peu de femmes présentes/mises en valeur dans les médias ou dans les conférences sur le sujet pour s’en rendre compte.

Entrepreneuriat féminin : il faut encourager un maximum de femmes à se lancer,
tout en les sensibilisant aux écueils qu’elles vont devoir éviter !

Il faut donc absolument poursuivre les efforts de sensibilisation pour arriver à plus de parité dans la communauté startup de notre région. On sait par exemple que des campagnes spécifiques portent leurs fruits, comme par exemple celle lancée par l’incubateur StartIt de KBC et qui a permis de doubler le chiffre de fondatrices afin d’arriver à 4 startups sur 10. De beaux exemples d’entrepreneuses (très justement mises en valeur il y a quelques jours dans La Libre) ont émergé également ces dernières années dans le monde des startups — telles Emna Everard de Kazidomi, Amandine Coutant de MySkillCamp, Amélie Alleman de Betuned, Maha Karim-Hosselet de MKKM ou Laure Uytdenhoef de Piximate — et sont des sources d’inspiration qui démontrent qu’il est possible de faire son chemin de façon talentueuse sur une planète startups encore essentiellement masculine.

Comme le disait très justement Loubna Azghoud dans une interview au Soir : “Promouvoir la place des femmes ne veut pas forcément dire abattre celle des hommes”. L’objectif doit être celui de la mixité, pas de l’écrasement. Et de la valorisation de l’apport spécifique des femmes à la finalité entrepreneuriale. “Les femmes n’entreprennent pas de la même manière que les hommes”. Si les femmes entreprennent, c’est avant tout pour gagner en liberté (59%) ou réaliser un projet qui a du sens pour elles (51%). C’est pourquoi il faut avant tout encourager un maximum de femmes à se lancer, tout en les sensibilisant aux écueils qu’elles vont devoir éviter. Je suis convaincue que de cette façon, les entrepreneuses pourront non seulement contribuer à l’impact sociétal de l’entrepreneuriat mais aussi participer à la triple transition de notre région et même en devenir des actrices majeures !

A propos de l'auteur

Lisa LOMBARDI

Conseillère Entrepreneuriat | PME | Numérique