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Une reprise qui s’affirme… mais toujours sous perfusion

Par Yves-Etienne Massart - — 28/04/2010 10:00

28 avril 2010 - L’Union Wallonne des Entreprises vient de publier son 16e «Point conjoncturel»...

  • L’enquête UWE auprès des entrepreneurs wallons confirme qu’une reprise s’est amorcée et que l’activité s’est sensiblement raffermie depuis le début de l’année 2010.
  • La reprise devrait encore se consolider dans les prochains mois. Toutefois, faute d’une demande privée suffisamment dynamique pour relayer la demande étrangère et publique, nos prévisions tablent sur une croissance limitée du PIB wallon, de l’ordre de 1,4% en 2010.
  • Ce scénario pourrait être revu à la hausse si la consommation des ménages et l’investissement des entreprises s’avéraient plus toniques qu’anticipés.
  • Par contre, même si la reprise semble à ce jour bien enclenchée, un mauvais timing dans le retrait des perfusions budgétaires, un manque de crédibilité dans la stratégie de réduction des déficits publics, voire une réaction trop rapide de la Banque Centrale Européenne face à d’éventuelles pressions inflationnistes, suscitées par une envolée des prix pétroliers et le repli de l’euro, pourraient mettre à mal la reprise.
  • S’il est vrai que l’économie wallonne est tributaire de l’évolution économique internationale et de décisions prises aux niveaux belge et européen, les autorités wallonnes détiennent cependant un levier essentiel pour amplifier la reprise : la politique de l’emploi. L’enjeu : assurer une bonne réactivité du marché du travail (circulation de l’information, formations, suivi des demandeurs d’emplois,…) à la reprise naissante.

Voilà quelques lignes de force relevées ce matin à Wavre par l’Union Wallonne des Entreprises (UWE), qui publie son «Point conjoncturel» d’avril.



Dernier bulletin de santé de l’économie wallonne : la reprise économique se confirme …

En 2009, toutes les économies du globe ont enregistré une profonde décélération. La Wallonie n’a pas fait exception, même si son caractère mois cyclique lui a probablement permis d’essuyer une récession moins lourde. Selon les estimations de l’UWE, l’économie wallonne a encaissé une baisse de 2,5% de son Produit Intérieur Brut (PIB), pour un recul de 3% en Belgique et de 4,1% dans la Zone Euro.

Si à l’automne 2009 l’enquête de l’UWE auprès des entrepreneurs wallons détectait un timide rebond de l’activité, le sondage réalisé au printemps 2010 confirme que la reprise est maintenant bien enclenchée. Le nombre de chefs d’entreprises tablant sur des perspectives favorables pour les 6 prochains mois a doublé par rapport à l’enquête d’octobre 2009 (40% en mars 2010, contre 20% en octobre 2009). En outre, la moitié des entrepreneurs sondés affirment que le creux de la crise est derrière eux.

… mais restera limitée : la demande étrangère ne suffira pas pour pallier une demande intérieure anémique

Le dynamisme rapidement retrouvé des pays émergents a relancé le commerce mondial et a ainsi soutenu la croissance des pays avancés dès le second semestre 2009. L’économie wallonne, petite économie ouverte, bénéficiera encore en 2010 de cette contribution positive de la demande étrangère à la croissance. Même si la structure de ses exportations, encore insuffisamment tournées vers les pays émergents à forte croissante, tels que la Chine ou l’Inde, limitera quelque peu cet apport. Une parenthèse : l’UWE consacrera en juin ses «Etudes sur la Situation de l’Entreprise» à un portrait détaillé des exportateurs wallons.

Du côté de la demande intérieure, l’enquête de l’UWE révèle que les chefs d’entreprise sont hésitants dans la mise en œuvre de projets d’investissements. Quand aux ménages, inquiétés par la montée du chômage et le spectre de politiques budgétaires d’assainissement douloureuses, ils préfèrent épargner et freinent substantiellement leur consommation. Ce manque de tonus de la demande intérieure privée rend nécessaire le maintien d’une demande publique soutenue pour quelque temps encore.

Une rechute reste possible

Même si le retrait des mesures de soutien public n’est pas la question immédiate, il convient de baliser le chemin pour s’en affranchir et de mettre en place rapidement des stratégies crédibles de retour à l’équilibre à moyen terme, tant au niveau fédéral que régional. Sinon les marchés risquent de douter de la capacité de l’Etat à maîtriser ses finances et la reprise pourrait alors se retrouver compromise. L’acuité de cette question est exacerbée par la crise politique qui frappe actuellement la Belgique.

Quant aux autorités monétaires européennes, si les prix du pétrole adoptaient une croissance explosive et poussaient l’inflation à flirter avec la barre des 2%, que feront-elles ? Augmenteront-elles leurs taux au risque d’étouffer la reprise, ou se montreront-elles un peu plus souples par rapport à leurs objectifs ?

Le remède pour un rétablissement plus rapide : un marché du travail réactif

Bien que n’ayant pas toutes les cartes en main pour assurer le rebond de l’économie wallonne, les autorités régionales disposent malgré tout d’un atout majeur : la politique de l’emploi.

Jusqu’à présent, le marché de l’emploi semble relativement bien résister au choc négatif d’activité. Les raisons probables : les mesures de protection de l’emploi prises par les pouvoirs publiques (chômage économique des employés, crédits temps, etc.), mais aussi la structure particulière de l’économie wallonne, avec une part d’emplois publics plus importante.

La dynamique de croissance dans les prochains mois dépendra étroitement de la réactivité du marché du travail wallon (circulation de l’information, accompagnement des demandeurs d’emploi, formations, etc.). Pour amplifier la reprise, les nouvelles offres d’emplois, liées au regain d’activité, devront trouver rapidement preneurs.

Tableau de synthèse des prévisions

Croissance réelle du PIB

2006 2007 2008 2009 2010(p)
Monde 5,1 5,2 3,0 -0,6 4,2
US 2,7 2,1 0,4 -2,4 3,0
Zone euro 3,0 2,8 0,6 -4,1 1,4
Belgique 2,8 2,8 0,8 -3,0 1,6
Wallonie 2,3 2,1 1,0 -2,5(e) 1,4
e = estimation UWE | p = prévision


Le «Point conjoncturel» de l'UWE paraît deux fois par an, au printemps et en automne. Il synthétise les dernières évolutions conjoncturelles de l’économie wallonne, replacées dans le contexte international. Des données statistiques confrontées au terrain, puisqu’elles sont étayées par une enquête conjoncturelle menée auprès des entreprises wallonnes.
Le «Point conjoncturel» (12 pages) est disponible en version électronique (PDF). ou peut être commandé en ligne sur www.uwe.publications.