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La chute de l'activité se ralentit, mais la montée du chômage va s'accélérer

Par Jean-Christophe DEHALU - — 22/04/2009 13:23

22 avril 2009 - L'UWE a publié son "Point conjoncturel".

  • L’enquête UWE auprès des entrepreneurs wallons confirme, s’il le fallait, que l’activité a brusquement décliné en Wallonie ces derniers mois et qu’elle ne va pas reprendre dans un proche avenir. On doit s’attendre à un recul de près de 3% du PIB en 2009.
  • Les pronostics pour 2010 restent des plus fragiles, même si le creux de la récession semble proche. La remontée sera lente dans un premier temps. Mais elle pourrait s’emballer avec le retour de la confiance et donc de la demande, soutenue par des taux d’intérêt très bas et des déficits budgétaires importants.
  • Cependant, cette reprise risque de s’accompagner rapidement de pressions inflationnistes et d’une perte de contrôle des déficits budgétaires. Conséquence : des politiques plus restrictives et donc un nouveau ralentissement.
  • 4 axes prioritaires doivent guider l’action des autorités wallonnes : soulager les trésoreries des entreprises, éviter que le chômage conjoncturel ne devienne structurel, garder le contrôle du déficit public régional et poursuivre les politiques structurelles.

Voilà quelques lignes de force relevées ce matin à Wavre par l’Union Wallonne des Entreprises (UWE), qui publie son « Point conjoncturel » d’avril.

Le creux de la récession semble proche, mais pas la fin des turbulences

L’économie wallonne profondément affectée par la récession

En quelques mois, la récession est devenue mondiale. C’est une configuration inédite. Même si les indicateurs suggèrent que le creux de la récession est proche, rien ne laisse présager une reprise notable avant le courant de 2010.

C’est la même lecture que l’on peut faire des réponses à l’enquête conjoncturelle UWE auprès de 300 entreprises wallonnes. Les chefs d’entreprise portent un regard très pessimiste, autant sur leur activité des 6 derniers mois, que sur celle des 6 prochains. Plus de la moitié d’entre eux ont suspendu des investissements et près de la moitié l’envisagent dans les prochains mois.

Toutefois, quelques indicateurs suggèrent que le rythme de la chute se modère, tant en Belgique qu’en Wallonie, mais sans laisser entrevoir un arrêt de la détérioration. Ainsi, l’activité économique continuera de se contracter au moins jusqu’au 3ème trimestre de 2009, entraînant un recul annuel du PIB de près de 3% en Wallonie, un peu plus encore pour l’ensemble de la Belgique. Des ampleurs jamais atteintes depuis que le PIB est calculé.

Le chômage va fortement augmenter dans les prochains mois

La chute de la demande va obliger beaucoup d’entreprises à ajuster leurs effectifs, pour éviter que l’entreprise tout entière soit mise en péril. Les entreprises ne se séparent qu’avec réticence de leur main d’œuvre qualifiée, difficile à trouver, à former, et qu’elles devront chercher et former à nouveau au moment de la reprise. C’est pour cette raison que l’emploi et le chômage s’ajustent avec retard aux mouvements de l’activité.

Il faut donc s’attendre à ce que l’augmentation du chômage s’accélère au cours de l’année 2009 et persiste durant une partie de 2010. Il y a un risque que le taux de chômage en Wallonie atteigne un niveau qu’il n’avait plus connu depuis 10 ans, aux alentours de 13% (définition du Bureau International du Travail).

Le déficit budgétaire régional va s’accroître

La principale recette du budget régional, basée sur les paramètres d’inflation et de croissance, va être considérablement revue à la baisse. D’autres recettes régionales seront aussi affectées. Par ailleurs, les dépenses vont augmenter, gonflées notamment par les mesures du plan anti-crise. Au total, le risque d’un dérapage sévère du déficit budgétaire régional ne doit pas être sous-estimé.

Or, pour l’heure, aucune estimation solide du déficit n’a été faite (ou rendue publique). Il serait pourtant du ressort de l’actuel gouvernement de procéder à cette estimation et de ne pas laisser à la prochaine majorité la tâche de prendre les mesures nécessaires pour contenir le déficit dans des marges soutenables à moyen terme.

Wallonie : les actions prioritaires

Si le gouvernement wallon n’a évidemment pas les moyens de renverser une tendance mondiale, il peut, en revanche, prendre les mesures pour amortir le choc et surtout faire en sorte que l’économie régionale soit en ordre de bataille au moment de la reprise. 1er axe : éviter au maximum les faillites en aidant les entreprises à bénéficier d’une trésorerie suffisante, par exemple en payant à temps et à heure les fournisseurs du secteur public. 2ème axe : prendre les mesures d’accompagnement nécessaires pour que les chômeurs conjoncturels ne deviennent pas structurels. A cet égard, un coup de pouce régional pour mettre en place un système temporaire de chômage économique pour les employés serait le bienvenu. 3ème axe : contenir le déficit public régional dans des limites qui n’hypothèquent pas les politiques régionales pour plusieurs années. 4ème axe : poursuivre les politiques structurelles initiées avec le plan Marshall.

L'UWE remercie les (très) nombreux entrepreneurs qui ont participé à l'enquête conjoncturelle menée en mars 2009 pour étayer les statistiques étudiées dans ce numéro.

Le «Point conjoncturel» de l'UWE paraît deux fois par an, en avril et novembre. Il synthétise les dernières évolutions conjoncturelles de l’économie wallonne, replacées dans le contexte international. Des données statistiques confrontées au terrain, puisqu’elles sont étayées par une enquête conjoncturelle menée auprès des entreprises wallonnes.
Le «Point conjoncturel» (12 pages) est disponible en version électronique (PDF).