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Union Wallonne des Entreprises : "Enseignement et entreprises n’ont un avenir qu’en commun"

Par Yves-Etienne Massart - — 20/10/2008 11:30

20 octobre 2008 - C’est le paradoxe de la Wallonie : d’un côté, des entreprises en manque de main d’œuvre pour des emplois de plus en plus diversifiés. Et de l’autre, des demandeurs d’emploi en manque de compétences ou de qualification. La conclusion est évidente : l’enseignement a un rôle crucial à jouer. C’est un enjeu pour toute la société wallonne : ces emplois sont là, il serait regrettable de devoir aller chercher les compétences nécessaires à l’étranger, à fortiori en période de crise.

Union Wallonne des Entreprises : "Enseignement et entreprises n’ont un avenir qu’en commun"

L'Assemblée Générale de l'UWE a réuni plus de 600 personnes à Louvain-la-Neuve

L’Assemblée Générale de l’UWE a eu lieu ce lundi à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve. Elle a réuni plus de 600 personnes venues de toute la Wallonie.

L’UWE a tenu à délivrer un message positif : les bonnes pratiques existent. Elles naissent d’ailleurs souvent sur le terrain, à l’initiative d’enseignants. En mettant en avant ces bonnes pratiques, l’UWE veut leur donner la reconnaissance qu’elles méritent pour donner l’envie de les généraliser et d’ainsi contribuer autant aux objectifs du contrat pour l’école qu’aux besoins actuels et futurs des entreprises de la Région.

Originalité de cette assemblée générale : le dialogue entreprise-enseignement. Trois chefs d’entreprise et trois personnalités du monde de l’enseignement, réunis par paires autour des trois axes prioritaires identifiés par l’UWE et ses 6.000 membres : la technique et la technologie, la maîtrise des langues étrangères et l’éveil aux sciences. Sophie Bertholet, Directrice Wallonie Randstad, Marcel Miller, Président Administrateur Délégué Alstom Belgium, Michel Dupuis, Directeur Général Total Petrochimicals Feluy, Laurent Divers, Directeur Collège Pie X de Châtelineau, Robert Briquet, Directeur honoraire Lycée de Waha et Pasquale Nardone, Professeur ULB.

Bonnes pratiques

Les classes en immersion, le printemps des sciences,  Echec à l’échec,  le programme Erasmus, Les Jeunesses Scientifiques, le projet Cyberclasse, le Plan langues,  sont certainement les projets les plus connus. Plus ciblés, mais tout aussi importants : le logiciel Kurzweil (qui aide les dyslexiques à suivre les cours), du théâtre grec dans les 3 langues, les trophées de Belgique de robotique,...et bien d’autres !

Mais aussi : les agrégations accélérées, les échanges d’enseignants Nord-Sud. Il y a donc là de quoi sortir de la sinistrose engendrée par les résultats des enquêtes PISA et le suivi des objectifs de Lisbonne en Communauté française.

Pasquale Nardone est actif dans la version belge de l’asbl «La main à la pâte», créée en France par le Prix Nobel de physique 1992 Georges Charpak. Son projet est de proposer des formations aux enseignants du primaire et du secondaire, mais aussi aux élèves. Des expériences réalisées de manière rudimentaire avec pailles, trombones et élastiques dans le but de rendre les sciences ludiques et concrètes.

Robert Briquet a dirigé la première école qui, en Communauté française, a pratiqué l’immersion linguistique. C’est lui qui en est l’initiateur. C’était à l’école primaire du Lycée Waha de Liège. Une expérience rendue alors possible grâce à l’enthousiasme des parents, l’accord des syndicats et du Ministre de l’enseignement de l’époque. Pendant 10 ans, le lycée a fonctionné par dérogation, jusqu’au vote du premier décret sur l’immersion en 1999. Aujourd’hui, la demande dépasse l’offre.

Laurent Divers a notamment mis en place dans son collège un programme en alternance du type électricien automaticien, en partenariat avec les entreprises de la région. Il encourage entreprises et écoles à monter ensemble ce type de projets, les écoles pouvant même se regrouper pour atteindre des masses critiques par classe, qui permettent de déboucher sur un enseignement motivant. Une première étape dans  la revalorisation des métiers de l’industrie. Selon lui, c’est une opération win-win.

Pour Sophie Bertholet, Directrice Wallonie de Randstad, les missions de l’enseignement ont évolué. Et la connaissance des langues est plus que jamais un atout, voire même une nécessité pour exercer certaines fonctions. Elle insiste sur la nécessité d’un apprentissage des langues avec des «native speakers». Et de relancer l’idée d’attirer les bilingues vers l’enseignement.

Le Président Administrateur Délégué Alstom Belgium, Marcel Miller, croit dans les partenariats et est persuadé qu’ils répondent à une attente des jeunes eux-mêmes. Des jeunes qui baignent en plein environnement technique, technologique, mais que ces filières n’attirent paradoxalement pas.

L’enjeu : faire prendre conscience du côté passionnant des métiers techniques et technologiques. Et de leur intérêt crucial pour résoudre les problèmes d’environnement et entrer dans une ère de «développement durable». Un défi à relever ensemble : enseignants, responsables politiques et responsables d’entreprise.

Du côté des sciences, Michel Dupuis, Directeur Général Total Petrochimicals Feluy a insisté sur les enjeux économiques dans son domaine : une carrière scientifique permet de relever les défis de la connaissance qui sont de plus en plus complexes.  Et d’insister sur l’apport au quotidien des sciences : elles nous aident à résoudre une multitude de problèmes. Si on prend la peine de valoriser les solutions apportées, on donnera une image plus sympathique des produits et des métiers.

Président-Ministre : un débat franc et encourageant

Cet échange sur les bonnes pratiques a servi de tremplin au débat entre Eric Domb et le Ministre Christian Dupont. Au cœur des échanges : notamment la diminution  du temps passé en classe par les élèves (en diminution au cours des 20 dernières années), qui pose la question du «comment enseigner plus en ayant un tiers du temps en moins ?». Le trop grand nombre de jeunes qui n’ont pas de qualification (21% en Région Wallonne, 58% des 207.000 demandeurs d’emploi…) et donc ne trouvent pas d’emploi. Le  grand nombre de jeunes (jusqu’à 80% pour certaines sociétés) qui  postulent sans avoir fait d’études dans l’orientation souhaitée par l’entreprise. Etc …

Les objectifs chiffrés pour le contrat pour l’école semblent pertinents. Ils devront être atteints en 2013, mais quels sont les indicateurs qui montrent qu’entre 2005 et 2008, la Wallonie a déjà réalisé une partie du chemin ?

L’épreuve externe commune obligatoire en juin 2009 pour le CEB fournira des indications.

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Les positions de L’UWE ont été exprimées par le Président Eric Domb : le monde de l’entreprise n’est pas là pour se mêler de pédagogie. Mais il est bien évidemment disponible pour collaborer à relever un défi de société. Disponible et demandeur, car il a de quoi renvoyer l’ascenseur : des emplois.

Eric Domb souscrit entièrement aux objectifs du contrat pour l’école.

En synthèse de la journée, le Président de l’UWE Eric Domb a insisté sur les objectifs à atteindre :

  • l’amélioration des performances de chaque enfant (pour au moins rejoindre, mais encore mieux dépasser la moyenne des pays de l’OCDE. Lire, écrire et calculer, c’est essentiel. De bonnes connaissances scientifiques sont aussi un pré-requis capital.
  • l’augmentation du nombre d’élèves «à l’heure» dans leur parcours scolaire. (40% dans le secondaire, c’est trop peu ! La Flandre est déjà à 60 % aujourd’hui et notre objectif est de 55% en 2013)
  • L’intensification des efforts en matière d’enseignement linguistique, d’éveil aux sciences et d’attention aux filières techniques et technologiques.

Le président de l’UWE a voulu aussi lancer un appel à la mobilisation générale, vers les entreprises, mais également vers le monde de l’enseignement. La Communauté française dispose de ressources dans ses propres rangs.

  • Les enseignants ont la possibilité de partir en prépension à l’âge de 55 ans.
  • Or, l’enseignement n’est pas en restructuration. Et même plus : la communauté a engagé 1.000 enseignants supplémentaires. Et des pénuries se font jour…

Les professeurs, en restant plus longtemps dans l’enseignement, ne pourraient-ils pas être plus utiles en prenant en charge une partie de la remédiation, alors qu’une des solutions prônées pour éviter le redoublement est, justement, la remédiation…

Enfin, Eric Domb a comparé la population en âge de travailler en Flandre et en Wallonie. Notre Région manque d’universitaires et de gradués et recense trop de jeunes qui terminent leurs études sans obtenir leur diplôme de l’enseignement supérieur. Nos emplois disponibles pourront-ils être pourvus par de jeunes Wallons ? C’est toute la société wallonne qui est concernée par cet enjeu.

Coup de jeune

Enfin, épinglons le «coup de jeune» marquant cette Assemblée Générale. L’UWE avait en effet concocté un programme spécial de rencontres à l’intention des étudiants des Clubs d’Etudiants Entrepreneurs (ces Clubs réunissent sur 11 campus des étudiants de toutes disciplines, désireux de se sensibiliser à l’entreprenariat ou de se lancer en affaire). Une belle occasion pour plusieurs dizaines d’étudiants de se «frotter» au monde de l’entreprise et d’enrichir leur carnet d’adresse.


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